Article des DNA paru le 07 octobre 2017

Une agence numérique a présenté jeudi soir à Obernai une offre collective ambitieuse pour aider le commerce de proximité à enfin réussir à capter la clientèle via internet. Et contrer ainsi l’ogre Amazon. À terme, toute la France est visée.

Ramener les internautes dans les boutiques d’Obernai et sa région : le rêve du commerce de proximité, l’agence numérique obernoise Webcd espère pouvoir le réaliser. Elle a présenté son plan jeudi soir. D’abord déployé à Obernai, ville pilote, il cible à terme toute la France.

Le constat

Sacha Goepp, le dirigeant de Webcd, a comparé la révolution internet à celle de la machine à vapeur puis de l’électricité, qui ont bouleversé l’économie. Il estime que « le digital n’est ni en train de commencer, ni de s’accélérer. D’ici 7 ans, il sera en pleine maturité. »
Pour le démontrer, il a cité plusieurs études : 80 % du parcours d’achat (hors alimentaire) commence sur internet, ce qui a réduit les passages en boutique : « Il y a dix ans, pour l’achat d’une voiture, un Français visitait neuf concessions. Aujourd’hui, il n’en visite que deux », cite Sacha Goepp.

Les clients âgés sont aussi très présents sur le net

Étude à l’appui, il bat aussi en brèche le préjugé selon lequel cela ne concerne pas le client âgé. « Ils ont tout leur temps pour faire leur choix sur Internet », a observé lui-même Jean-Pierre Issenhuth, nouveau président du groupement commercial du Bas-Rhin. Il est venu assister à la présentation jeudi soir et s’est montré très intéressé.
L’analyse de Sacha Goepp est que « neuf fois sur dix, Amazon n’est pas le moins cher ». Mais que ce site capte la clientèle et lui propose une livraison très rapide. Sa conclusion : « L’élément stratégique pour un commerce, c’est de capter le consommateur et ensuite de le faire venir en boutique. »

L’idée

L’originalité de l’idée de Webcd, c’est qu’elle est collective. « On veut construire le fichier client du territoire d’activités économique d’Obernai. Si on prend celui de 30 commerces de la ville, on couvre 80 % de la clientèle d’Obernai », affirme Sacha Goepp.
Le client sera incité à s’enregistrer par la promesse de nombreux avantages immédiats. L’idée est ensuite de lui faire parvenir des offres ciblées par SMS, via les réseaux sociaux, par emailing, etc.), avec la possibilité de réserver en ligne et de venir chercher le produit en boutique. Sachant qu’une fois à la boutique, il a tendance à acheter un produit complémentaire.
La cliente qui achète ses baskets à Obernai pourrait par exemple recevoir sur son téléphone une offre d’une salle de sport d’Obernai, comme d’un magasin proposant des compléments alimentaires ou d’un instut de beauté. « C’est ce qu’on appelle le cross selling. Sur internet, quand vous achetez un livre, on vous dit que les personnes qui l’ont acheté ont aussi aimé tel ou tel livre. On a la même idée », explique Sacha Goepp.

La concrétisation

Le site internet Obernai Shopping a été créé. Il aura plusieurs rôles. Ce sera une plate-forme qui contiendra les fiches de chaque commerce membre. Il recensera toutes les offres exclusives en cours : de la simple promotion à la vente flash. Sacha Goepp a cité le coiffeur qui a un trou dans ses 07/10/2017 3/4 rendez-vous un après-midi et peut le remplir en lançant une promotion sur une durée de deux heures.
On pourra aussi découvrir les plats du jour proposés pour le repas de midi à venir dans les environs, avec le prix, mais sans le nom du restaurant qui s’affiche immédiatement, pour inciter le client à aller dans des endroits où il n’irait pas spontanément.
Plusieurs autres développements sont déjà prévus ou à l’étude.

Les moyens

Conscient que les pets commerçants n’ont pas de temps pour s’occuper de tout ça, Webcd a embauché un coach chargé de les suivre, de les appeler pour qu’ils sortent des offres, etc.

Quatre personnes à temps plein y travaillent

« On a quatre personnes quasi à temps plein qui travaillent sur le projet depuis le début d’année, dévoile Sacha Goepp. On ne réalise pas tout le travail que c’est. On est des spécialistes de ces questions, c’est un vrai risque pour nous, mais on ne peut pas se rater. » D’autant qu’il s’agit de partir ensuite à l’assaut de toute l’Alsace et de toute la France.
Le démarrage va se faire à Obernai dans les jours qui viennent. « Ce sera une version pilote jusqu’à Noël, pour coconstruire avec les commerçants. On considère que ça peut fonctionner à partir de dix commerçants d’Obernai même. Mais on prendra aussi ceux du territoire, qui va jusqu’à Zellwiller, Andlau ou Rosheim. » Il compte démarcher les territoires voisins (Molsheim, Erstein, Sélestat) après Noël.

Les obstacles

Il y a le prix, bien sûr. Si l’offre démarre à 9,90 € par mois pour ceux qui vendent des services, cela monte à 49 € pour un restaurant et de 149 à 499 € par mois pour les autres, en fonction des services souhaités. Jeudi soir, plusieurs commerçants estimaient cependant que ce n’était pas excessif. Et aucun n’est intervenu pour se plaindre du prix. Un engagement sur trois ans est toutefois envisagé.
L’autre obstacle risque de concerner les mentalités. Il faudra réussir à convaincre les commerçants qu’ils seront gagnants à mettre à disposition de tout le monde (concurrents compris) leur fichier client

Christophe Ohrel, président d'Apero

L’Avis de Christophe OHREL Président des Commerçants

« Quand Sacha Goepp est venu me présenter son projet, je me suis dit qu’on est vraiment béni des dieux ici. On va avoir un début de solution. Ce n’est jamais parfait, mais avec ça, le commerce de proximité a de très très beaux jours devant lui. Oui ça a un coûté, mais si on dépense 1 000 et qu’on rentre 5000, ce n’est pas un souci.
On avait déjà essayé des choses à l’association. Avec son propre site, c’est dur de faire du bruit. On a tenté de faire du collectif, que les commerçants sortent des offres, mais c’est très compliqué. Aujourd’hui, si chacun veut se battre contre Amazon, on n’est rien. Cette initiative se fait en parfaite harmonie avec l’office de tourisme, la mairie, les grandes surfaces du coin. »